La complainte de la «Font qui Pisse»


« Cherche vaccin contre épidémie carrière»; «bienvenue sur la lune», brandissant des banderoles, quelque 200 sympathisants de tous âges et toutes tendances (parmi lesquels J. B., conseiller général et maire de Châteauneuf ; Mme M..., maire adjoint, chargée du tourisme et de l’environnement et un représentant de l'association Charente Nature) se sont rassemblés, malgré le froid, dimanche après-midi, sur le site de la Font qui Pisse. Ils sont venus soutenir les initiatives du tout nouveau comité pour la préservation du patrimoine du canton de Châteauneuf. Leurs objectifs, dans un premier temps, ont été d'inviter les Castelnoviens, les habitants du canton et les élus, à constater visuellement ce qu'est devenu et deviendra demain le site naturel d'escalade, réputé dans toute la région et de son proche environnement. Deuxièmement, éviter la destruction des sites de la Font qui Pisse, et envisager une réhabilitation du plateau restant.
Pas de cratère dans le bois
Troisièmement, préserver les bois de Haute Roche. et éviter l'implantation d'une carrière à ciel ouvert située face aux rochers de la Font qui Pisse et enfin, soutenir le comité Birac Environnement. En effet, les inquiétudes des habitants de Birac concernant la transformation du bois des «Fouillouses» en cratère (voir CL du 22/11/96) sont devenues réalité sur le site de la Font qui Pisse. Ce plateau, à l'arrière de la façade rocheuse faisait la joie des randonneurs face à un panorama exceptionnel de Châteauneuf et était susceptible d'être classé en raison des nombreuses variétés d'orchidées sauvages. Aujourd'hui, ce site tait l'objet de dynamitages nécessaires à l'extraction de calcaire de l'entreprise Garandeau. Cette entreprise d'une structure imposante a créé la société CDMR (Calcaires Diorites du Moulin du Roc) en 1988 et extrait en moyenne 400 000 tonnes de calcaire par an. Deux autres sociétés complètent la première : une fabrication d’agglomérés et un négoce de matériaux. Les trois sociétés emploient une vingtaine de personnes. Le groupe Garandeau dont le siège est à Cherves-Richemont possède huit carrières en Charente, de gypse, calcaire, diorites, sables et graviers. Une activité importante mais qui ne laisse qu'un paysage lunaire sur son passage. La bande de terrains de 30 à 50m (suivant les endroits) qui sépare le trou béant de la paroi rocheuse de la Font qui Pisse peut être exploitée encore sur 20m. Des secousses supplémentaires peuvent être fatales à la falaise et anéantir tout avenir d'escalade. Cependant, J. B. affirme sa volonté de parvenir a un consensus et envisage des négociations avec le carrier visant à procéder à un échange de parcelles sur le terrain voisin. Le site d'escalade serait ainsi sauvé mais le gouffre subsistera. Sans parier des impacts des explosions sur la champignonnière à proximité (galeries actuellement désaffectées). Les anciens s'inquiètent: «C'est une catastrophe, M. le Maire ». «Voyez la carrière de Chez Merlet en face, c'est devenu un canyon sauvage pratiquement inaccessible . C'est le reflet de ce que sera demain le site de la Font qui Pisse». Des propos teintés d'un profond pessimisme circulaient ce dimanche et les nombreuses questions posées attendent impatiemment une réponse.

Extrait "Charente Libre" 28 Nov. 1996
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